Un dossier qui dépasse le football, mais qui retombe toujours sur Sainté
À Saint-Étienne, il y a des semaines où le ballon ne suffit plus. Où l’actualité du club se joue autant dans les tribunes que sur la pelouse. Le dossier qui vise des associations de supporters, avec en toile de fond une possible dissolution, appartient à cette catégorie-là: celle des sujets qui collent à la peau, qui reviennent, qui s’enveniment, et qui finissent par peser sur tout le monde, même sur ceux qui ne demandent qu’une chose, très simple: regarder un match de foot.
Ce qui est certain, c’est l’existence d’une pression institutionnelle et d’un calendrier flou. Sur la date, rien n’est stabilisé: c’est incertain. Sur l’issue, idem: incertain. Mais l’effet, lui, est déjà là. Quand un club se retrouve associé, même indirectement, à un dossier de maintien de l’ordre, il perd la maîtrise de son récit. Et l’ASSE, ces dernières années, a déjà assez souffert de récits écrits par d’autres.
Le paradoxe saute aux yeux: à domicile, Geoffroy-Guichard reste un stade qui sait se tenir, au sens où l’organisation est rodée et l’ambiance, la plupart du temps, spectaculaire sans être incontrôlable. En déplacement, en revanche, la mécanique se grippe plus vite. C’est souvent là que les incidents naissent, là que les arrêtés tombent, là que l’image se dégrade. Et dans un pays où l’image décide parfois avant les faits, c’est un problème.
Le danger, pour l’ASSE, est double. D’abord sportif: un Chaudron amputé, bridé, ou sous tension permanente, c’est une arme qui s’émousse. Ensuite identitaire: Sainté n’est pas un club comme les autres, parce que son lien au public n’est pas un décor, c’est une partie de son ADN. Toucher à cette relation, c’est toucher au cœur du club. Et ça, même une montée ne le répare pas en un claquement de doigts.
Il faut aussi être lucide: la question n’est pas de nier qu’il y a eu des débordements, ici ou là, ces dernières saisons. Certains épisodes ne sont pas nouveaux, et il serait malhonnête de faire comme si tout était né hier. Mais la réponse doit être proportionnée, cohérente, et surtout efficace. Dissoudre une structure ne dissout pas une culture. Elle la déplace. Elle la fragmente. Elle la rend parfois plus difficile à encadrer. C’est un risque réel, et il est probable qu’il soit sous-estimé par ceux qui ne vivent pas le terrain.
Dans ce climat, l’ASSE doit tenir une ligne: protéger son public sans se mettre en porte-à-faux, défendre une ambiance sans défendre l’indéfendable, et rappeler une évidence qui se perd trop vite: un stade plein et vivant est une chance pour le football français, pas une menace par défaut.
Le plus acide, dans l’histoire, c’est que ce dossier tombe au moment où le club a besoin d’unité totale. Trois matchs à jouer, une montée à aller chercher, une ville prête à pousser. Et pendant ce temps, une autre partie de l’ASSE joue un match sans ballon, sans arbitre clair, et avec des règles qui changent selon l’angle de la caméra.
Ce n’est pas le genre de rencontre qu’on gagne avec un bon pressing. Mais c’est le genre de rencontre qu’on ne peut pas se permettre de perdre.