Quand l’infirmerie devient un personnage récurrent

À Saint-Étienne, il y a des traditions. Le vert, le Chaudron, et cette impression tenace qu’à partir d’un certain moment de la saison, un quart du groupe disparaît dans un couloir médical. Ce n’est pas un scoop, ce n’est même plus une surprise. C’est justement ça, le problème.

Le plus gênant, ce n’est pas la blessure en elle-même. Le football moderne est un sport de contraintes: accélérations, changements d’appuis, répétitions, voyages, stress. Le plus gênant, c’est la répétition, année après année, quels que soient les entraîneurs, les préparateurs, les directions. Quand le phénomène traverse les époques, il cesse d’être un accident. Il devient un système.

La piste la plus probable, c’est un cocktail. D’abord l’environnement d’entraînement. L’Étrat, l’hiver, ce n’est pas la Côte d’Azur. Terrains lourds, humidité, froid: tout ce qui rend les muscles moins tolérants et les appuis plus traîtres. Ce n’est pas une excuse, c’est un paramètre. Et un club qui vise la montée, puis la stabilité au niveau supérieur, ne peut pas traiter ce paramètre comme une fatalité locale, au même titre que la pluie sur la place Jean-Jaurès.

Ensuite, il y a la prévention et la charge. Les blessures musculaires à répétition racontent souvent une histoire de micro-déséquilibres, de retours trop rapides ou trop prudents, de cycles mal calibrés, de joueurs qui compensent. Et quand les retours s’étirent, l’équipe perd la continuité, le coach perd ses automatismes, et le joueur revient dans un collectif qui a déjà changé de visage. Résultat: on protège, on temporise, on re-protège. Et on finit par jouer au football avec des astérisques.

Enfin, il y a la question des infrastructures. Ce n’est pas nouveau, mais ça devient pressant: dans une région froide, disposer d’une installation couverte et thermorégulée n’a rien d’un caprice nordique. C’est un outil de performance. Lens l’a fait, d’autres l’ont fait, et l’ASSE ne peut pas éternellement compter sur la robustesse supposée des “gènes” pour traverser janvier. Les gènes, c’est bien. Les ischios, c’est mieux.

Le sujet est moins glamour qu’un but à la 92e, mais il est plus structurant. Une équipe qui veut monter doit enchaîner. Une équipe qui veut durer doit s’entraîner dans de bonnes conditions. Et une équipe qui veut convaincre doit arrêter de donner l’impression que chaque “petit bobo” peut se transformer en feuilleton. Sur ce point, l’ASSE n’a pas besoin d’un miracle. Elle a besoin d’un chantier.