Le mercato, c’est ce moment où tout le monde devient visionnaire. On refait la saison, on réécrit les contrats, on vend, on achète, on « anticipe ». Et puis, en août, on découvre que l’anticipation avait oublié un détail: la réalité. À Saint-Étienne, deux dossiers reviennent déjà comme des refrains qu’on connaît par cœur. Le poste de gardien. Et le cas Pierre Ekwah.
Sur les gardiens, le décor est simple, mais la pièce est délicate. Gautier Larsonneur a un statut, une expérience, une place dans le vestiaire. Sportivement, il a aussi un passif en Ligue 1 qui nourrit une question légitime: est-ce que l’ASSE peut viser sereinement le maintien avec lui comme numéro 1, sans concurrence crédible? La réponse la plus raisonnable tient en un mot: concurrence. Pas pour faire joli, pas pour « piquer » un titulaire à l’ego fragile, mais parce qu’un club qui remonte doit sécuriser ses points. Et les points, ça commence souvent par un arrêt à la 88e.
Ce qui est probable, c’est que l’ASSE cherchera un vrai challenger, capable de jouer, pas seulement de s’échauffer. Ce qui est incertain, c’est le calendrier et le profil: un jeune à potentiel, un gardien confirmé en quête de relance, ou un pari venu de l’étranger. Le poste est ingrat: quand tu recrutes bien, personne ne te félicite. Quand tu te rates, tout le monde s’en souvient.
Et puis il y a Ekwah. Un dossier qui ressemble à ces valises qu’on laisse dans l’entrée: on finit toujours par trébucher dessus. Son avenir est lié à des paramètres externes, à des clauses, à des marchés, à des clubs qui montent ou ne montent pas. L’ASSE, elle, doit raisonner autrement: quel est le risque sportif et financier si le dossier traîne? Quel est le risque d’un feuilleton qui s’étire jusqu’à la reprise? Et quel est le coût d’une solution « rapide »?
La logique, ici, n’est pas de faire du bruit. Elle est de faire du propre. Si une porte de sortie existe à un prix cohérent, elle doit être étudiée sans romantisme. Si le joueur doit revenir dans le groupe, il faut un cadre clair, net, assumé. Le pire scénario, c’est l’entre-deux: ni vendu, ni intégré, ni utile, mais omniprésent dans l’ambiance. Un club qui veut grandir ne peut pas se permettre de passer l’été à gérer des situations grises.
Le mercato ne se gagne pas avec des slogans. Il se gagne avec des décisions qui évitent les pièges connus. Et à l’ASSE, les pièges connus, on les connaît très bien. Parfois un peu trop.