À l’ASSE, les entraîneurs ne sont jamais seulement des entraîneurs. Ils deviennent des symboles. Des étiquettes. Des procès. Et parfois, des excuses. Cette semaine, un regard extérieur a remis une pièce dans la machine: celui de Damien Perquis, qui a opposé deux époques récentes, Eirik Horneland et Philippe Montanier, avec une franchise qui a le mérite de clarifier un débat souvent noyé dans l’émotion.

Le sujet n’est pas de refaire l’histoire pour le plaisir. Le sujet, c’est de comprendre pourquoi l’ASSE a eu besoin de changer de main. Et pourquoi, depuis, l’équipe donne l’impression d’avoir retrouvé une chose rare: une logique.

Du projet total au pragmatisme: la bascule

Horneland, c’était une idée forte: un football intense, exigeant, qui demande une synchronisation parfaite et une condition physique au cordeau. Sur le papier, c’est séduisant. Dans une vidéo, c’est magnifique. Dans une saison longue, avec un effectif imparfait, c’est un pari. Et un pari, par définition, peut se perdre.

Le point le plus sensible, c’est l’adaptation. Quand une équipe souffre, deux options existent: insister jusqu’à ce que ça marche, ou ajuster pour survivre. L’ASSE a payé cher les périodes où l’intensité devenait une dépense sans retour, où l’équipe se coupait en deux, où les transitions adverses ressemblaient à des autoroutes sans péage. Ce constat n’est pas nouveau, mais il revient aujourd’hui avec une netteté particulière.

Montanier, lui, n’a pas vendu une révolution. Il a vendu une mission. Et à Sainté, c’est souvent ce qui marche: une ligne claire, des règles, une hiérarchie, et une équipe qui comprend ce qu’elle doit faire à chaque phase. Ce n’est pas toujours spectaculaire. C’est souvent efficace. Et dans une course à la montée, l’efficacité est une forme de beauté, même si elle ne fait pas toujours des posters.

Il y a aussi un élément moins tactique, plus humain: la gestion du vestiaire. Un groupe peut accepter beaucoup de choses, y compris la souffrance, tant qu’il comprend le sens. Quand le sens se perd, la souffrance devient une punition. Et là, plus personne ne court pour l’idée, on court pour éviter la faute.

Attention, tout n’est pas noir ou blanc. Il est probable que Horneland ait aussi été victime d’un effectif pas totalement calibré pour son projet, et d’un contexte où l’ASSE devait gagner vite. Mais le football ne distribue pas des points pour la cohérence théorique. Il les donne pour les buts et les résultats.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que l’ASSE n’a pas changé de mission: remonter. Elle a changé de méthode. Et à l’approche des dernières journées, la méthode compte parfois plus que la philosophie. Parce qu’au printemps, les idées doivent courir aussi vite que les joueurs.