Le mercato, ce n’est pas seulement des crochets, des agents et des montages à tiroirs. C’est aussi une chasse plus discrète, plus chère à long terme: celle des décideurs. Et ces derniers jours, un nom revient avec insistance dans le paysage: Grégory Lorenzi. L’ASSE est citée parmi les clubs qui regardent, comme d’autres. Rien n’est acté, rien n’est signé, mais le simple fait que le club apparaisse dans ce type de conversation dit quelque chose: Saint-Étienne veut redevenir un endroit où les profils structurants se projettent.

Le point de départ est clair: Lorenzi, après une longue séquence à Brest, s’interroge sur la suite. Il a lui-même laissé entendre qu’il avait le sentiment d’avoir bouclé un cycle. À partir de là, le marché s’agite. Et l’ASSE, dans l’ère Kilmer, ne peut pas se contenter d’un recrutement “joueurs”: elle doit aussi solidifier son architecture sportive, ses process, sa capacité à anticiper plutôt qu’à colmater.

Le projet Kilmer: la tentation du “club qui fonctionne”

Ce dossier, pour l’ASSE, est d’abord un test de cohérence. Parce que si le club veut vraiment changer de dimension, il doit attirer des profils capables de travailler dans une organisation moderne, avec des responsabilités claires, des outils, des données, et une ligne sportive stable. C’est exactement le genre de promesse qu’un actionnaire ambitieux aime vendre. Et c’est exactement le genre de promesse qu’un dirigeant expérimenté veut vérifier avant de dire oui.

Il y a aussi une réalité très stéphanoise: l’ASSE sort d’années où l’organigramme a souvent ressemblé à un puzzle qu’on remonte en courant, avec des pièces qui ne s’emboîtent pas toujours. Aujourd’hui, le club donne l’impression de vouloir passer à autre chose. Pas forcément en empilant les titres ronflants, mais en clarifiant qui décide, qui exécute, qui arbitre. Dans ce cadre, un profil comme Lorenzi devient un symbole: celui d’un club qui veut arrêter de vivre au jour le jour.

Attention, toutefois: c’est un sujet incertain par nature. Un directeur sportif, c’est un équilibre de pouvoir. Il faut l’aligner avec un président, un coach, une cellule de recrutement, une stratégie financière. Et l’ASSE a déjà un chantier sportif immédiat: la montée, la stabilisation, la gestion d’un effectif qui devra être retouché sans être défiguré. Le timing est donc délicat.

Mais il y a une lecture probable: si l’ASSE est réellement dans la course, c’est qu’elle se sent capable de proposer un cadre crédible. Et ça, pour un club qui a longtemps donné l’impression de bricoler avec du scotch vert, c’est déjà une petite révolution. Sans tambour, sans trompette. Juste avec des gens compétents, au bon endroit. Le luxe ultime.