Il y a des semaines où l’ASSE joue un match sans ballon. Et celui-là, franchement, sent la prolongation administrative. Les Magic Fans et les Green Angels sont à nouveau menacés de dissolution, avec une audition annoncée le lundi 13 avril 2026. Ce n’est pas un détail de calendrier: c’est une date qui pèse sur l’air du Chaudron, sur l’image du club, et sur la fin de saison sportive qui, elle, n’attend personne.

Dans ce contexte, le club a choisi de ne pas rester en tribune présidentielle à regarder passer l’orage. Un communiqué, jugé solide dans sa forme et dans son ton, a remis l’ASSE au centre du jeu: pas en posture de victime, pas en posture de donneur de leçons, mais en institution qui rappelle ce qu’elle risque de perdre si on coupe trop large. L’idée est simple: on peut vouloir lutter contre les débordements, mais on ne peut pas faire comme si Geoffroy-Guichard était un stade interchangeable, comme si l’ASSE était un club sans peau, sans mémoire, sans culture populaire.

Le Chaudron, ce n’est pas un décor: c’est un levier sportif

Le sujet, évidemment, dépasse la seule question de l’ambiance. Personne de sérieux ne peut prétendre que le mouvement ultra est un monde de bisounours: il traîne ses zones grises, ses codes, ses excès. Mais la dissolution, elle, n’est pas un carton jaune. C’est une décision qui vise l’organisation, la structure, la capacité à encadrer. Et c’est là que le paradoxe devient gênant: affaiblir les cadres, c’est parfois laisser davantage de place aux comportements les plus incontrôlables. Probable, pas certain, mais l’histoire des tribunes françaises n’a jamais été un long fleuve tranquille quand on casse sans reconstruire.

À Saint-Étienne, l’enjeu est encore plus brutal: l’identité du club est intimement liée à ses tribunes. On peut discuter des chants, des fumigènes, des limites. Mais on ne peut pas faire semblant de découvrir que l’ASSE, depuis des décennies, vit aussi par ce bruit-là. Et sportivement, dans une Ligue 2 où la marge est souvent mentale avant d’être technique, perdre une partie de ce carburant serait une mauvaise blague. Une blague acide, du genre qu’on n’a pas envie de raconter en mai.

Le soutien politique local, affiché publiquement par des élus de sensibilités très différentes, ajoute une couche: le dossier n’est plus seulement “supporters vs autorités”. Il devient un sujet de territoire, d’ordre public, d’image de ville. Et quand un club se retrouve au milieu de ça, il doit marcher droit. Très droit. Parce que la moindre phrase de travers se paye cash, et rarement en points au classement.

Ce qui est incertain aujourd’hui, c’est l’issue exacte et la forme que pourrait prendre une éventuelle sanction. Ce qui est probable, en revanche, c’est que l’ASSE a compris une chose: dans ce type de dossier, le silence n’est pas de la prudence, c’est une abdication. Le club a donc parlé. Reste à savoir si, en face, on écoutera autre chose que le bruit des dossiers qu’on referme.