À Sainté, le chèque existe. La fiche de paie, beaucoup moins.
Le mercato d’hiver a souvent un parfum de panique. À l’ASSE, il a plutôt l’odeur d’un tableur Excel bien verrouillé. Le club donne l’impression de pouvoir mettre des montants corrects sur des indemnités de transfert, mais de rester étonnamment sage sur la masse salariale. Et dans le football moderne, c’est un peu comme vouloir acheter une belle voiture sans payer l’essence: ça roule, mais pas longtemps.
Ce choix n’est pas forcément incohérent. Une grille salariale contenue, c’est une manière de garder la main sur le vestiaire, d’éviter les écarts qui créent des tensions, et de ne pas se retrouver avec des contrats impossibles à traîner en cas de montée ou de changement de cycle. La Ligue 2 est un championnat où l’on peut vite se piéger: un gros salaire signé en janvier pour “accélérer” devient parfois un boulet en août, quand il faut reconstruire plus haut.
Mais cette prudence a un coût immédiat: elle réduit drastiquement le marché. Les joueurs confirmés, ceux qui apportent une garantie de performance, regardent d’abord le projet… puis le salaire. Et quand un club affiche une ambition élevée sans aligner une rémunération à la hauteur, il se retrouve à faire ce que font beaucoup d’équipes: des paris, des profils en relance, des prêts avec option d’achat, des joueurs à potentiel. C’est une stratégie. Elle peut marcher. Elle peut aussi produire du déchet, et l’ASSE le sait.
Le point sensible, c’est le timing. En janvier, l’équipe a des besoins concrets, visibles, presque bruyants: un effectif qui se fragilise, des postes à doubler, une montée qui ne se jouera pas avec onze titulaires et deux espoirs sur le banc. Or, si la politique salariale reste strictement la même, l’ASSE risque de se retrouver à attendre “la bonne opportunité” pendant que le calendrier, lui, avance sans attendre. Et la Ligue 2 n’a pas la patience des projets à cinq ans.
Dans cette logique, l’ASSE semble privilégier des opérations structurantes: des joueurs jeunes, valorisables, intégrables dans un cycle, plutôt que des vétérans en fin de carrière à gros contrat. Ce n’est pas nouveau dans l’idée, mais c’est plus net aujourd’hui. Reste à savoir si le club acceptera d’augmenter progressivement le curseur, au rythme des résultats. C’est probable à moyen terme, mais incertain à court terme, surtout en plein hiver.
Le paradoxe, c’est que cette stratégie demande une chose que l’ASSE n’a pas toujours: du temps. Et en janvier, à Saint-Étienne, le temps est une denrée plus rare qu’un latéral en pleine santé.