Un talent en vitrine… mais pas dans le onze
Il y a des dossiers qui traînent, et puis il y a ceux qui finissent par vous exploser dans les mains. Le cas Makhloufi ressemble de plus en plus à la deuxième catégorie. La donnée qui change tout, c’est le calendrier: il ne lui resterait que six mois de contrat. Ce n’est pas un détail administratif, c’est une alarme. À partir de là, chaque semaine sans décision rapproche l’ASSE d’un scénario classique et douloureux: un joueur qui part libre, avec le sentiment d’avoir perdu du temps, de la valeur, et un peu de crédibilité.
Sportivement, le paradoxe est cruel. Makhloufi est suffisamment estimé pour être régulièrement évoqué, suffisamment prometteur pour intéresser ailleurs, mais pas assez installé pour s’imposer dans la rotation. Dans une saison où l’ASSE cherche de la constance, où certains postes ont été bricolés, cette gestion interroge. Pas forcément parce qu’il aurait dû être titulaire indiscutable, mais parce qu’un jeune sous contrat court, peu utilisé, devient mécaniquement un actif qui se déprécie.
La solution la plus logique, aujourd’hui, s’appelle le prêt. Un prêt en Ligue 2, avec du temps de jeu garanti, un cadre clair, et un retour possible à l’été pour réévaluer. C’est le scénario le plus probable si le club croit encore au joueur, tout en reconnaissant qu’il ne peut pas lui offrir immédiatement la place qu’il souhaite. Mais même le prêt a ses pièges: si le contrat n’est pas prolongé avant, l’ASSE prête un joueur… pour potentiellement le voir partir libre ensuite, enrichi sportivement mais pas financièrement. Autant dire une opération philanthropique, ce qui n’est pas exactement la spécialité des clubs professionnels.
Reste la prolongation. Elle aurait du sens si l’ASSE veut sécuriser l’avenir et garder la main. Mais prolonger, c’est aussi envoyer un signal: “on compte sur toi”. Et ce signal doit être cohérent avec la réalité du terrain. Prolonger pour prêter, pourquoi pas. Prolonger pour laisser sur le banc, c’est le meilleur moyen de fabriquer de la frustration et d’ouvrir la porte à un départ dès que possible.
Enfin, il y a l’option la plus brutale: accepter l’idée d’une séparation. Si le staff estime que la marche est trop haute ou que le profil ne correspond pas, mieux vaut trancher proprement, maintenant, plutôt que de subir un départ libre en juin avec un goût de rendez-vous manqué. Dans tous les cas, l’ASSE n’a plus le luxe de l’attentisme. Janvier, c’est le mois des paris. Pour Makhloufi, c’est surtout le mois des décisions.