Le mercato commence par les adieux

À Saint-Étienne, on adore les fins de saison qui sentent la montée… et les fins de contrat qui sentent la migraine. Tardieu, Appiah, Maubleu: trois profils, trois statuts, une même question qui dépasse largement l’affect. L’ASSE n’a pas seulement à décider si elle “aime” ces joueurs. Elle doit décider si elle peut construire une équipe de Ligue 1 (probable en cas de montée, incertain tant que ce n’est pas validé) avec eux dans la rotation, sans recréer ce vieux réflexe stéphanois: prolonger par confort, puis courir après le niveau en août.

Le point commun des trois dossiers, c’est la place. Pas la place dans le vestiaire, pas la place dans le cœur du public. La place sur la feuille de match, semaine après semaine, quand le championnat accélère et que les erreurs coûtent un maintien. Or l’effectif est déjà dense, et la montée ne pardonne pas les doublons mous: on ne se maintient pas avec des “solutions de secours” qui deviennent des titulaires par défaut.

Florian Tardieu, c’est le cas le plus délicat. Parce qu’il a montré, par séquences, qu’il pouvait encore tenir un rôle utile. Mais l’ASSE doit regarder la photo entière: l’intensité, la répétition des efforts, la capacité à enchaîner, et surtout la cohérence avec le milieu que Montanier veut installer. Sur ce point, l’information la plus solide du moment, c’est que son absence est annoncée pour “plusieurs semaines” (ce n’est pas nouveau, c’est daté du 12 mars 2026). Dans un sprint, c’est déjà un sujet. Dans une projection Ligue 1, c’en est un autre: prolonger un joueur, c’est acheter du temps de jeu futur, pas récompenser le passé.

Dennis Appiah, lui, incarne le paradoxe parfait: l’expérience, le vécu, la fiabilité mentale… et une question de plafond. Son 100e match sous le maillot vert a rappelé qu’il a compté, parfois beaucoup. Mais si l’ASSE bascule dans un système à pistons ou dans une animation plus exigeante athlétiquement, le club doit se demander s’il veut un titulaire de Ligue 1 ou un joueur de vestiaire capable de dépanner. Les deux profils existent, mais ils ne se paient pas au même prix, et ils ne prennent pas la même place dans un effectif qui devra aussi intégrer des jeunes et des recrues.

Etienne Maubleu, enfin, c’est le dossier qui dépend d’un autre dossier. Un gardien n’est jamais “juste une doublure”: c’est un poste à part, un poste de confiance, un poste de dynamique. Si Larsonneur reste, Maubleu peut être une option de continuité à condition d’accepter un rôle clair et stable. Si Larsonneur part, alors la question change de nature: l’ASSE doit recruter un numéro 1, et la doublure devient un choix stratégique (profil formateur, profil expérimenté, profil club). Dans tous les cas, la logique sportive doit primer sur la logique de dépannage.

Le vrai enjeu, au fond, c’est d’éviter le mercato qui commence par “on garde parce qu’on ne sait pas”. L’ASSE a déjà payé ce flou. Cette fois, la montée (probable si la dynamique actuelle se confirme, incertain tant que mathématiquement ce n’est pas fait) doit être préparée comme une opération chirurgicale: on coupe propre, on remplace mieux, et on assume que la gratitude n’est pas un plan de jeu.