Un 4-0 qui ne ressemble pas à un feu de paille

Il y a des soirs où Geoffroy-Guichard ne se contente pas de rugir: il dicte la partition. Contre Annecy, l’ASSE a signé un 4-0 net, propre, presque clinique. Et surtout, un 4-0 qui raconte autre chose qu’un simple écart de niveau. Il raconte une équipe qui a enfin l’air de savoir exactement ce qu’elle veut faire du ballon… et de l’adversaire.

Le contexte rend la démonstration plus savoureuse. Quelques jours plus tôt, le point pris à Grenoble avait laissé un goût de « pas mal, mais pas assez ». Là, la réponse a été immédiate: intensité, pressing, verticalité. Montanier a osé un plan plus tranchant, avec une structure qui a donné de l’air aux joueurs offensifs et de la sécurité aux relances. Le genre de soirée où l’on se surprend à regarder l’horloge en se disant: « déjà? » tant le match semble filer dans un seul sens.

Le premier signal, c’est la maîtrise sans fioritures. Pas besoin de 70% de possession pour étouffer. L’ASSE a surtout contrôlé les zones: récupération haute, deuxième ballon, et cette capacité à repartir vite, très vite, dès que l’espace s’ouvre. Annecy a eu le tort d’être joueur par séquences, et l’ASSE a eu la qualité d’être impitoyable. Ce mélange-là, en Ligue 2, fait souvent très mal.

Dans ce décor, Kévin Pedro a encore pris de l’épaisseur. Son but d’ouverture a fait plus que lancer la soirée: il a libéré le stade et confirmé une tendance. Pedro n’est plus seulement un jeune qui dépanne, c’est un joueur qui s’installe. Et quand un défenseur marque tôt, c’est rarement un hasard: cela dit quelque chose de la présence sur coups de pied arrêtés, de la confiance, et d’une équipe qui attaque les moments clés.

Devant, la connexion Stassin–Cardona a enfin ressemblé à une évidence. Stassin a alterné appels, remises, et ce sens du timing qui transforme une action banale en situation nette. Cardona, lui, a joué avec cette générosité parfois agaçante quand on voudrait le voir frapper plus vite… mais terriblement utile quand l’équipe tourne. Le troisième homme, Zuriko Davitashvili, a ajouté sa touche: du mouvement, de la percussion, et ce but qui vient récompenser une soirée où l’ASSE a attaqué en vagues, pas en prières.

Le point le plus intéressant, c’est ce que ce match dit du coach. Montanier n’a pas seulement « remis de l’ordre ». Il a donné une forme. Il a créé des repères. Et quand une équipe de Ligue 2 commence à jouer avec des repères, elle devient pénible à affronter, parce qu’elle ne dépend plus d’un éclair individuel pour exister. C’est probable que ce système ne soit pas figé: Montanier a déjà montré dans sa carrière qu’il aimait alterner. Mais ce 4-0, lui, fixe une référence. Et une référence, dans un sprint, ça sert à deux choses: rassurer les joueurs… et inquiéter les autres.