Le football, ce sport où l’on paie parfois deux fois pour la même place

À Saint-Étienne, on a l’habitude des soirées où ça chante, où ça gronde, où ça vibre. On s’habitue moins vite aux soirées où l’on calcule. Et pourtant, depuis plusieurs semaines, la billetterie est devenue un sujet presque aussi commenté que le milieu de terrain. Tribunes fermées, abonnés déplacés, avoirs à utiliser, bourse d’échange avec commission: le Chaudron a parfois des airs de guichet unique… avec supplément.

Le point de départ est connu et, lui, est factuel: une sanction de la Commission de Discipline a entraîné la fermeture de la tribune basse Charles-Paret (Kop Nord) pour deux matchs ferme, dont un par révocation du sursis, après des faits relevés lors d’ASSE–Nancy. Ce n’est pas nouveau: l’information date de décembre 2025.

Pour compenser l’impossibilité d’assister au match dans la tribune d’abonnement, le club a mis en place un système d’avoirs correspondant à une fraction de l’abonnement, utilisables sur la billetterie en ligne, avec une date limite annoncée au 31 mars 2026. Là encore, c’est clair sur le papier. Dans la pratique, c’est plus rugueux: un avoir n’est pas un billet, et un billet n’est pas toujours au même prix selon l’emplacement disponible au moment où l’on cherche à se recaser.

Ajoutez à cela la bourse d’échange, qui sécurise l’achat (billet authentifié, circuit officiel), mais qui s’accompagne de frais. Le supporter, lui, voit surtout une chose: il avait payé pour 17 matchs, et il a parfois l’impression de remettre la main au portefeuille pour simplement “récupérer” son match. Le club peut répondre que la logistique a un coût, que la revente encadrée protège des arnaques, que recaser une tribune entière n’est pas un jeu de Tetris gratuit. Tout cela est vrai. Mais tout cela n’efface pas le ressenti, et le ressenti, à Saint-Étienne, c’est une matière inflammable.

Le sujet est délicat parce qu’il touche à la fidélité. L’abonnement, ce n’est pas seulement une transaction: c’est un pacte. Quand ce pacte se retrouve parasité par des fermetures, des déplacements, des frais additionnels, il y a un risque simple: que certains se posent la question au moment de renouveler. Pas par caprice. Par lassitude. Et la lassitude, c’est ce que le club doit éviter comme la peste, surtout dans une période où l’ASSE a besoin d’un stade plein, bruyant, et aligné derrière son équipe.

La solution miracle n’existe pas, parce que le problème est structurel: sanctions collectives, contraintes de sécurité, réglementation, économie du matchday. Mais l’ASSE peut encore gagner une bataille: celle de la clarté et de la fluidité. Expliquer vite, expliquer simplement, anticiper les recasages, limiter les frictions. Le football est déjà assez stressant à 20h00. Inutile de commencer à 14h00 avec une calculatrice.