Le sprint, c’est aussi une histoire de corps qui tiennent

Le match contre Annecy arrive avec son parfum habituel: obligation de gagner, souvenir du match aller, et ce petit bruit de fond qui dit que la Ligue 2 ne pardonne rien. Sauf qu’avant même de parler de pressing, de transitions et de « sang frais », l’ASSE doit d’abord répondre à une question beaucoup plus terre-à-terre: qui peut courir, qui peut encaisser, qui peut enchaîner?

La bonne nouvelle, c’est que Julien Le Cardinal est annoncé disponible malgré une alerte en début de semaine. Même chose pour Chico Lamba, sélectionnable. Dans une équipe qui a parfois vécu sur le fil défensivement, ce n’est pas un détail: c’est une base. Le Cardinal, c’est le stabilisateur. Pas forcément celui qui fait lever le stade, mais celui qui évite de le faire s’asseoir d’un coup, la main sur le cœur, après une relance ratée. Lamba, lui, c’est l’option qui change la vitesse, la capacité à défendre en avançant, à couvrir large. Deux profils différents, mais deux pièces utiles quand l’adversaire vient pour gratter un point et une histoire à raconter.

Le problème, c’est le reste du tableau. Gautier Larsonneur, lui, est encore attendu. L’horizon évoqué, c’est début avril 2026, après la trêve internationale, avec une reprise conditionnée aux sensations sur les gestes spécifiques du poste. C’est probable qu’il revienne dans ce créneau si tout se passe bien, mais incertain tant qu’il n’a pas replongé, dégagé, répété. Et en attendant, l’ASSE doit vivre avec une réalité simple: un gardien, ce n’est pas qu’un dernier rempart, c’est aussi un chef d’orchestre. Quand il manque, la défense parle moins fort, et parfois elle écoute moins bien.

Au milieu, l’absence de Mahmoud Jaber pèse. Son retour est repoussé, avec une reprise d’entraînement à calibrer. Là encore, ce n’est pas nouveau que l’ASSE ait besoin d’un milieu capable de mettre du liant, de tenir le ballon sans le caresser pour rien, et de donner du rythme sans se précipiter. Dans un match comme Annecy, où l’adversaire peut chercher à casser la cadence, ce type de profil devient un luxe. Et l’ASSE, en Ligue 2, a déjà appris que le luxe, ça se paye cash.

Maxime Bernauer a repris avec le groupe sur une séance légère. C’est encourageant, mais ça ne dit pas encore s’il est prêt à démarrer, ni à tenir 90 minutes. Et derrière ces noms, il y a une liste d’absents qui rappelle une évidence: la montée ne se joue pas seulement sur la qualité, mais sur la disponibilité. Une équipe peut être « forte sur le papier ». En mars, le papier sert surtout à faire des pansements.

Alors Montanier doit trancher. Remettre de la concurrence, oui. Mais sans transformer le onze en puzzle. Faire souffler certains, peut-être. Mais sans perdre les automatismes qui ont permis à l’ASSE d’être plus cohérente ces dernières semaines. Le match contre Grenoble a laissé une impression de panne offensive et de fragilité dans la production d’occasions. Contre Annecy, l’ASSE n’a pas besoin d’un feu d’artifice. Elle a besoin d’un match plein, d’un match propre, d’un match qui dit: « on a compris la leçon ». Et si possible sans ajouter un nouveau nom à l’infirmerie, parce qu’à ce rythme-là, il va falloir ouvrir une billetterie… pour les kinés.