Un coach, une équipe, et ce drôle de sentiment de froid

À Saint-Étienne, on a connu des équipes imparfaites mais attachantes. Des équipes qui faisaient des erreurs, mais qui donnaient envie de les suivre. Aujourd’hui, le paradoxe est là: l’ASSE a des moyens, des ambitions, un effectif qui doit jouer la montée… et pourtant elle peine à déclencher l’adhésion. Pas une question de romantisme. Une question de visage.

Eirik Horneland se retrouve au centre de cette équation. Son cas est devenu un thermomètre. Quand ça gagne, on parle de construction. Quand ça ne gagne pas, on parle d’errance. Et depuis plusieurs semaines, la courbe ne raconte pas une histoire très joyeuse. L’équipe donne souvent l’impression de jouer sur un fil: beaucoup de volonté de bien faire, mais une exécution nerveuse, du déchet, et surtout cette sensation de peur au ventre qui se lit dans les choix simples. Une relance qui tremble, un duel évité, une passe de sécurité quand il faudrait piquer. Le football, parfois, ressemble à de la psychologie appliquée.

Le plus gênant, c’est la répétition. Les mêmes séquences reviennent: une ASSE capable de s’installer, de produire, puis de se saborder sur une erreur ou une absence de tranchant. Et quand la pression monte, l’équipe ne se libère pas toujours: elle se crispe. Ce n’est pas seulement une affaire de talent. C’est une affaire de cadre collectif, de repères, de leadership. Et là, le banc est forcément interrogé.

Horneland n’est pas le seul responsable, et ce serait trop facile de faire du coach le seul paratonnerre. Mais un entraîneur, surtout dans un club de cette taille en Ligue 2, est jugé sur deux choses: les points et la sensation de maîtrise. Or l’ASSE donne rarement l’impression d’être clinique. Elle peut dominer sans tuer. Elle peut être solide sans être sereine. Elle peut attaquer sans être dangereuse. C’est beaucoup de “peut”, pour une équipe qui vise la montée.

Il y a aussi un sujet plus large, presque culturel: la direction sportive et la gouvernance. Quand un projet se veut structuré, il doit aussi savoir recadrer, ajuster, trancher. Pas forcément en public, mais dans le fonctionnement. Si l’ASSE veut avancer, elle doit clarifier ce qu’elle attend de son entraîneur: un style assumé, une progression mesurable, une capacité à corriger les défauts récurrents. Sans ça, on reste dans le flou, et le flou, à Sainté, finit toujours par coûter cher.

La suite est limpide: si l’ASSE enchaîne, Horneland reprendra de l’air. Si elle cale encore, la question ne sera plus seulement “comment jouer?”, mais “avec qui sur le banc?”. Probable que la pression monte très vite, parce que la Ligue 2 ne pardonne pas les projets qui hésitent. Et parce qu’à Geoffroy-Guichard, on accepte beaucoup de choses… sauf l’impression de s’ennuyer en attendant la montée.