Montanier, l’absence de Tardieu et la tentation du copier-coller
Le Chaudron aime les soirées simples: un but tôt, un deuxième pour respirer, et une fin de match à chanter plus qu’à trembler. Sauf que le football, ce rabat-joie professionnel, adore compliquer les scénarios écrits d’avance. ASSE–Red Star, programmé le samedi 7 mars 2026 à 20h, ressemble à un rendez-vous idéal pour continuer la série. Justement: c’est souvent là que le piège se referme.
Le premier caillou dans la chaussure, il est connu: Florian Tardieu est annoncé forfait, touché au mollet. Ce n’est pas seulement un joueur en moins. C’est un repère qui saute, un rythme qui change, une façon de gérer les temps faibles qui doit être réinventée. Et dans une équipe qui a retrouvé de l’allant, le danger n’est pas de manquer d’envie. Le danger, c’est de confondre envie et précipitation.
Le match appelle une lecture froide. Le Red Star n’est pas un figurant venu admirer les tribunes. C’est un adversaire qui sait exister sans ballon, qui sait casser le tempo, qui sait transformer une rencontre en succession de duels et de secondes balles. Dans ce type de soirée, Saint-Étienne doit éviter deux excès: vouloir “tuer” le match en dix minutes, ou au contraire se frustrer si l’ouverture ne vient pas tout de suite. Le Chaudron pousse, oui. Mais il pousse parfois vers l’avant comme un vent de face: si on s’entête à jouer trop vite, on s’épuise.
La question du milieu devient centrale. Remplacer Tardieu, ce n’est pas seulement remplacer un nom sur une feuille. C’est choisir un profil. Un joueur plus mobile peut apporter de la projection, mais il peut aussi laisser des espaces si l’équipe se coupe en deux. Un joueur plus dense peut sécuriser, mais il peut ralentir la première relance. Montanier, depuis son arrivée, a surtout remis de la clarté: des rôles lisibles, des zones occupées, des risques calculés. Ce match-là lui demande de rester fidèle à cette logique, pas de céder au romantisme du “on va les étouffer”.
Il y a aussi un sujet qui flotte autour de la rencontre: l’idée d’utiliser Soumahoro plus haut, évoquée comme une possibilité. À ce stade, c’est incertain, et ce serait de toute façon un choix de contexte, pas un coup de poker gratuit. Mais l’existence même de cette option raconte quelque chose: Saint-Étienne cherche des solutions internes, des ajustements, des leviers. C’est sain. À condition de ne pas transformer un match important en laboratoire.
Enfin, il y a l’ambiance. On parle d’affluence très élevée, avec des places remises en vente et une capacité qui grimpe. C’est une force, évidemment. Mais c’est aussi une responsabilité: quand le stade est plein, l’ASSE doit être mature. Pas seulement intense. Mature. Savoir quand accélérer, quand temporiser, quand accepter un temps faible sans paniquer. Les équipes qui montent ne gagnent pas tous leurs matchs en jouant bien. Elles gagnent aussi des matchs où elles jouent juste.
La soirée parfaite n’existe pas. En revanche, la soirée maîtrisée, elle, est à portée. Elle passe par une idée simple: ne pas laisser le Red Star choisir le scénario. Saint-Étienne a retrouvé une dynamique, une confiance, une colonne vertébrale. À elle de prouver que cette série n’est pas un feu d’artifice, mais une habitude. Et une habitude, ça se construit dans les matchs où l’on n’a pas toutes ses pièces sur l’échiquier.