Un samedi soir qui sent la bascule
Il y a des affiches qui ne pèsent pas seulement trois points. ASSE-Clermont, samedi soir, a ce parfum-là. Celui d’un match qui décide de l’humeur d’un stade, de la respiration d’un vestiaire, et parfois même de la solidité d’un projet. À Geoffroy-Guichard, la patience existe. Elle n’est pas infinie.
Sportivement, l’équation est simple et cruelle: l’ASSE doit relancer la machine. La série sans victoire qui s’étire (ce n’est pas nouveau, mais ça commence à faire long) a installé un climat étrange. Pas de panique officielle, pas de crise ouverte, mais une sensation de frein à main tiré. Une équipe qui joue souvent avec la peur de mal faire, puis qui, quand elle se libère, oublie parfois l’essentiel: l’intensité, la concentration, la continuité. Le cocktail parfait pour transformer un match maîtrisé en soirée pénible.
Le contexte des tribunes ajoute une couche. Entre sanctions, sursis et réorganisations de secteurs, Geoffroy-Guichard n’est pas toujours dans sa configuration la plus naturelle. Ce n’est pas un détail: l’ASSE a besoin d’un stade qui pousse, pas d’un stade qui s’interroge. Et samedi, l’ambiance pourrait devenir un baromètre. Une victoire, et le public se remettra à croire au scénario heureux, celui où la dynamique revient d’un coup, comme un interrupteur. Une contre-performance, et le grondement pourrait monter, plus fort que ces derniers mois. Probable, même, tant l’impression d’un “déjà-vu” commence à s’installer.
Il y a aussi l’enjeu symbolique autour de la direction et du projet. Jusqu’ici, le crédit accordé au nouvel actionnaire et à la nouvelle gouvernance a été réel. La descente a été digérée avec une indulgence rare à Saint-Étienne, parce que le club sortait d’années d’usure et de bricolage. Mais le football a une mémoire courte: quand les résultats stagnent, l’argument du “temps long” se heurte au calendrier de la Ligue 2, ce broyeur à nerfs où personne n’offre de joker.
Reste le terrain. Et cette nécessité, presque basique, de gagner “avec du cœur”, comme on dit quand on n’est pas sûr de gagner avec le reste. L’ASSE n’a pas besoin d’un chef-d’œuvre. Elle a besoin d’un match propre. D’une défense qui arrête d’offrir des cadeaux. D’une équipe qui assume son statut et ses moyens. Et d’un Geoffroy-Guichard qui, pour une fois, ne se demande pas s’il doit applaudir ou siffler, mais juste quand il doit se lever.