Un Chaudron plein… avec des zones fantômes
Geoffroy-Guichard a ce talent rare: faire du bruit même quand tout n’est pas rempli. Mais en 2026, il traîne aussi une bizarrerie qui finit par ressembler à une habitude: ces balcons qui restent un décor plus qu’une tribune. Et quand la montée se rapproche, la question revient comme un refrain: comment un club qui vise la Ligue 1 peut-il accepter d’avoir des zones entières inutilisables, alors que la demande existe et que l’ambiance est un actif sportif autant qu’un symbole?
Le sujet n’est pas glamour. Il parle d’escaliers, de flux, de toilettes, de buvettes, de portes, de sécurité. Bref, tout ce qui ne fait pas lever un stade… jusqu’au jour où ça manque. Et là, tout le monde découvre que le football moderne ne se joue pas seulement sur la pelouse, mais aussi dans les couloirs.
Le point dur, c’est la faisabilité. On entend que certains aménagements seraient “techniquement impossibles”. C’est une formule qui claque, qui ferme la porte, et qui a le mérite d’être définitive. Sauf que dans la vraie vie, il y a souvent deux impossibilités: celle de l’ingénieur, et celle du comptable. La première est rare. La seconde est fréquente. Et Geoffroy-Guichard, avec son histoire de sous-sol compliqué, ses choix architecturaux passés, et son statut d’équipement public, ressemble davantage à un dossier où l’économie dicte le technique qu’à un mur infranchissable.
Le problème, c’est que l’ASSE n’est pas seule à décider. Le stade n’est pas un jouet privé qu’on réaménage entre deux mercatos. Il y a des responsabilités publiques, des marchés, des délais, des arbitrages politiques. Et dans ce type de configuration, le temps ne s’écoule pas à la vitesse d’un sprint final. Il s’écoule à la vitesse d’un dossier qui passe de bureau en bureau. Autant dire que si l’on attend une solution miracle “en six mois”, il vaut mieux aimer les contes.
Alors quelles options restent crédibles? D’abord, accepter que tout ne se règle pas par des travaux lourds. Il y a des solutions d’exploitation, de billetterie, de répartition des publics, de contrôle des accès, qui peuvent améliorer les choses sans transformer le stade en chantier permanent. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est souvent ce qui marche le mieux à court terme. Ensuite, poser la question de la gouvernance: qui porte le projet d’évolution du stade, et avec quel intérêt? Une collectivité n’a pas les mêmes priorités qu’un club. Un club n’a pas les mêmes contraintes qu’une collectivité. Tant que ces deux logiques ne se rencontrent pas, on restera dans le “on voudrait bien, mais…”.
Et puis il y a l’option qui fait rêver certains et frémir d’autres: un rachat du stade. Sur le papier, être propriétaire de son enceinte, c’est augmenter la valeur du club, sécuriser des revenus, maîtriser des investissements, et se donner une stabilité structurelle. Dans la réalité, cela ouvre aussi la porte à des sujets qui hérissent le supporter stéphanois: naming, logique commerciale plus agressive, transformation de l’expérience stade. Geoffroy-Guichard n’est pas un simple actif. C’est un totem. Et toucher à un totem, même pour l’améliorer, demande une finesse que le football n’a pas toujours.
Le plus ironique, c’est que l’ASSE est en train de redevenir une équipe qui attire, qui remplit, qui donne envie. Et au moment où l’élan populaire pourrait être un accélérateur, le stade rappelle qu’il a ses limites physiques. Saint-Étienne a souvent vécu avec des paradoxes. Celui-ci est très 2026: un club qui se modernise, mais une enceinte qui reste coincée dans ses propres contraintes.
À court terme, la priorité reste sportive: monter, puis se maintenir. Mais à moyen terme, le dossier du stade ne pourra plus être repoussé comme un sujet secondaire. Parce qu’un club qui veut s’installer durablement en Ligue 1 ne peut pas se contenter d’un Chaudron magnifique… et partiellement inutilisable. Le bruit, c’est bien. Les mètres carrés, c’est mieux.