À Saint-Étienne, on adore les débats de surface. Un latéral trop haut, un milieu trop tendre, un rouge évitable. Mais la saison a remis une vieille vérité au centre: quand la chaîne de décision est floue, le terrain finit par ressembler à un brouillon. Et l’ASSE, ces dernières semaines, donne parfois l’impression d’un club où l’on court beaucoup… sans toujours savoir qui tient le chronomètre.
Ce n’est pas une polémique du jour, ni une révélation tombée du ciel. C’est plutôt une sensation qui s’épaissit: l’organigramme sportif reste difficile à lire, et cette opacité nourrit mécaniquement l’inquiétude. Le club a changé d’actionnaire, a affiché une ambition, a renforcé certains secteurs. Mais sur la question centrale du pilotage sportif, la lisibilité n’a pas suivi au même rythme. Et dans un club qui vise la montée, le flou n’est pas une philosophie: c’est un handicap.
Un club ne se gère pas au conditionnel
Le poste de directeur sportif, en France, n’est pas un gadget. C’est un point d’équilibre. C’est celui qui relie l’équipe première, la formation, le recrutement, la cohérence de jeu, et même la gestion des cas individuels. Sans cette figure clairement identifiée, les décisions existent, bien sûr. Mais elles paraissent morcelées, parfois contradictoires, souvent difficiles à expliquer. Et quand il faut trancher un choix sensible — par exemple l’utilisation d’un jeune entre groupe pro, réserve et compétition U19 — l’absence d’un arbitre naturel se voit immédiatement.
À l’ASSE, plusieurs noms occupent l’espace, mais les périmètres restent sujets à interprétation. Le président Ivan Gazidis incarne la direction, la stratégie, la représentation. Autour, des responsables historiques et des profils plus récents cohabitent. Le problème n’est pas qu’il y ait du monde. Le problème, c’est qu’on ne sait pas toujours qui décide de quoi, ni selon quelle logique. Et quand la communication globale est parcellaire, l’impression de vide se transforme en soupçon de désordre.
Il serait injuste de prétendre que rien ne bouge. Des ajustements ont eu lieu, notamment autour du groupe pro et de la performance. Il est probable que la nouvelle gouvernance ait voulu observer avant de trancher, prendre le pouls, mesurer les forces en place. Mais à force d’attendre le moment parfait, on finit par laisser s’installer une idée dangereuse: celle d’un club qui subit plus qu’il ne pilote.
La montée, elle, ne négocie pas. Elle exige des choix rapides, assumés, cohérents. Et à Saint-Étienne, le prochain vrai tournant ne sera peut-être pas un match à Geoffroy-Guichard. Ce sera une clarification: un organigramme lisible, une responsabilité sportive identifiée, et une ligne directrice qui ne change pas au gré des urgences. Sans ça, même les bonnes idées finissent par se perdre dans les couloirs.