Le football moderne a inventé une nouvelle espèce: le supporter qui ouvre une appli avant même d’avoir fini de râler sur l’arbitre. Et parfois, l’appli te renvoie un miroir pas très flatteur… ou pas du tout celui que tu attendais. Après ASSE–Laval, deux noms ont cristallisé ce petit choc entre sensation et mesure: Igor Miladinovic et Ben Old.
Le premier, milieu relayeur, n’a pas forcément sauté aux yeux. Le second, reconverti sur un côté, a été beaucoup plus visible, donc beaucoup plus jugé. Classique. Le visible prend les coups. L’invisible prend les soupçons. Et au milieu, il y a une réalité: l’ASSE de Philippe Montanier cherche encore le bon équilibre entre sécurité et tranchant.
Sur un match comme Laval, les chiffres peuvent être un révélateur utile, à condition de ne pas les prendre pour une vérité divine. Miladinovic ressort avec une impression de propreté: qualité de passe, dribbles réussis, quelques tacles, et une présence surtout dans l’entrejeu. Mais il y a un revers: un milieu de ce profil, dans une équipe qui a la possession à domicile, est aussi attendu sur l’influence, le volume, la capacité à accélérer le jeu et à créer du danger. Or, si l’on se contente de faire circuler sans peser, on devient un métronome… sans mélodie.
Ben Old, lui, raconte une autre histoire. Plus de ballons touchés, plus de prises de risques, donc mécaniquement plus de déchet. Et surtout, un point qui pique: les duels. Un latéral qui perd trop de duels, c’est un couloir qui respire mal. Mais un latéral qui tente, qui monte, qui centre, c’est aussi un joueur qui s’expose à des duels offensifs plus difficiles à gagner, et à des passes plus compliquées à réussir. Résultat: la note peut baisser alors que l’intention est bonne. Ce n’est pas une excuse, c’est une explication.
Le vrai sujet, au fond, n’est pas de savoir si Miladinovic “a été bon” et si Old “a été mauvais”. Le vrai sujet, c’est la cohérence des rôles. Miladinovic peut très bien être utilisé avec une consigne de contrôle, presque de garde du corps au milieu, ce qui réduit sa projection et son volume de ballons joués. C’est plausible, surtout dans une période où l’ASSE a d’abord cherché à se stabiliser défensivement. Old, à l’inverse, semble avoir davantage de liberté pour porter le ballon et attaquer son couloir, ce qui augmente sa visibilité… et ses risques.
Et c’est là que Montanier est attendu: comment faire monter le curseur offensif sans rouvrir les brèches d’hier? Comment demander plus de “décisif” à un relayeur sans perdre la couverture? Comment accompagner la reconversion d’un joueur de couloir sans le laisser seul face à ses limites défensives? Ce sont des questions de staff, de consignes, de complémentarités. Pas seulement des questions de notes.
Ce débat-là a un mérite: il oblige à regarder l’ASSE autrement que par le prisme du but ou de l’erreur. Il oblige à parler de tâches, de zones, de choix. Et il rappelle une évidence un peu acide: dans une course à la montée, on n’a pas besoin d’une équipe parfaite. On a besoin d’une équipe lisible. Et, si possible, d’une équipe qui progresse sans se raconter d’histoires.