Il y a des blessures qui font mal au classement. Et d’autres qui piquent là où l’ASSE aime se raconter une histoire: celle d’un gamin qui grandit vite, qui comprend le jeu, qui s’invite sans frapper, et qui finit par rendre l’équipe plus intelligente. Nadir El Jamali, c’était ce petit luxe-là. Et voilà que son genou s’invite au centre du tableau, sans demander l’avis de personne.

Le signal est tombé comme un bruit de crampons dans un couloir trop calme: problème au genou, examens, et cette perspective qui traîne dans l’air comme une mauvaise odeur de vestiaire, celle d’une opération. À ce stade, on est sur du probable pour une indisponibilité significative, mais incertain sur la durée exacte tant que le diagnostic complet n’est pas public et stabilisé. Ce qui est sûr, c’est que le timing est cruel. El Jamali n’était pas seulement un jeune qui “prend de l’expérience”. Il était devenu une option crédible, un joueur capable de faire respirer une attaque quand le match se referme, de donner une autre musique quand les Verts jouent trop en binaire.

Un profil rare dans l’effectif, et pas seulement “un jeune”

Ce qui rend ce possible coup d’arrêt si embêtant, c’est le registre. El Jamali n’est pas un sprinteur de couloir qu’on remplace par un autre sprinteur de couloir. Il a ce côté joueur de liaison, capable d’exister entre les lignes, de jouer juste, de sentir le tempo. Dans une équipe qui a parfois besoin d’un coup de tournevis plutôt que d’un coup de marteau, c’était précieux. Et c’était aussi une solution pour gérer les fins de match: quand il faut garder le ballon, calmer l’adversaire, ou au contraire trouver la passe qui fait basculer une rencontre sans forcément empiler les centres.

Sportivement, l’ASSE peut survivre à son absence sur le court terme. La dynamique actuelle repose davantage sur une base défensive plus cohérente et sur des leaders identifiés. Mais sur la durée, surtout si la montée se joue à la nervosité et aux détails, perdre un joueur capable d’apporter de la variété, c’est perdre une carte dans un jeu où l’ASSE n’a pas toujours eu la main.

Et puis il y a l’autre lecture, plus froide: la trajectoire. Un jeune qui s’installe, c’est aussi un actif sportif, une projection, une pièce du puzzle. Si l’opération se confirme, la question ne sera pas seulement “quand revient-il?”, mais “dans quel état, et à quel rythme?”. Là encore, prudence: on a vu des retours rapides et propres, et d’autres plus sinueux. Le genou, c’est rarement un roman en un chapitre.

Au fond, l’ASSE n’a pas besoin d’un drame. Elle a besoin de continuité. El Jamali, c’était une promesse de continuité technique. Si le genou dit non, il faudra compenser autrement: par un ajustement de rôles, par une montée en responsabilité d’un autre jeune, ou par une idée de Montanier qui ne se voit pas encore. Mais une chose est déjà acquise: ce n’est pas “juste un pépin”. C’est un petit morceau du futur qui se met en pause.