Les matchs se gagnent le samedi… mais les saisons se préparent le lundi
À Saint-Étienne, on a longtemps vécu avec une idée romantique: le terrain d’abord, le reste suivra. Sauf que le football moderne adore les romantiques… surtout quand ils se trompent. Depuis l’arrivée de KSV et d’Ivan Gazidis, l’ASSE donne l’impression de faire l’inverse: construire une colonne vertébrale en coulisses, puis laisser l’équipe respirer dans un cadre plus clair. Ce n’est pas spectaculaire. C’est même parfois ingrat. Mais c’est souvent là que se joue la différence entre un club qui remonte et un club qui redescend en se demandant “comment c’est possible”.
Les signaux sont nets: le staff s’étoffe, les profils se multiplient, et l’accompagnement mental prend une place plus visible, notamment autour du centre de formation et des féminines. Ce n’est pas un gadget. Dans un club où la pression est permanente, où chaque série de deux mauvais résultats devient une crise existentielle, la capacité à encaisser, à se relever, à rester lucide, vaut parfois un point de plus. Et un point de plus, en Ligue 2 comme en Ligue 1, c’est souvent une ligne de vie.
Il faut aussi lire cette structuration comme une réponse à une vieille faiblesse: l’ASSE a trop souvent été un club qui réagit. On change, on corrige, on colmate. Là, l’idée semble être d’anticiper. D’avoir des process. D’avoir des gens. D’avoir des compétences qui ne dépendent pas d’un seul homme providentiel. C’est probable que ça prenne du temps avant d’être pleinement visible. C’est incertain que ça suffise à lui seul à garantir la réussite sportive. Mais c’est une condition nécessaire pour arrêter de jouer au yo-yo avec l’histoire du club.
Le plus intéressant, c’est que cette construction arrive au moment où l’équipe première retrouve une forme de cohérence. Comme si les deux courbes, terrain et bureaux, commençaient enfin à se parler. L’ASSE n’a pas besoin d’être parfaite pour remonter. Elle a besoin d’être stable. Et la stabilité, dans le football, ne se décrète pas: elle se fabrique. À coups de décisions moins sexy qu’un but à la 90e, mais souvent plus rentables sur dix mois.