Le mercato n’a pas commencé… et pourtant il s’invite déjà

Février, la Ligue 2 est en plein sprint, et l’ASSE vient de remettre la main sur la 2e place. Logiquement, on devrait parler de blocs, de transitions, de gestion des temps faibles. Sauf que le football moderne a un talent: te glisser le mercato dans la poche arrière, même quand tu n’as rien demandé. La rumeur du moment? Pedro vendu dès l’été pour 12 millions d’euros. À ce stade, c’est incertain: aucune communication officielle du club, aucun élément solide et public qui permette d’en faire autre chose qu’un bruit de couloir. Et pourtant, le sujet mérite un arrêt sur image.

Pourquoi? Parce qu’il touche à la colonne vertébrale d’un projet. L’ASSE version Kilmer Sports Ventures a justement été présentée comme une reconstruction: structurer, recruter mieux, stabiliser, remonter, puis s’installer. Dans ce récit-là, vendre un joueur devenu central dès la première fenêtre estivale “utile” serait un message paradoxal. Pas impossible — le football reste un marché — mais paradoxal.

Il faut donc remettre les choses dans l’ordre. D’abord, la temporalité: on est le 23 février 2026. L’été est loin, la montée n’est pas acquise, et la valeur d’un joueur dépend énormément de la division dans laquelle tu joues en août. Ensuite, la logique sportive: si l’ASSE monte, elle aura besoin de joueurs capables de tenir le niveau Ligue 1. Et si Pedro fait partie de ceux-là, le vendre immédiatement reviendrait à créer un trou… qu’il faudrait ensuite payer cher pour combler. Le genre d’opération qui fait sourire les comptables, puis pleurer les entraîneurs.

Reste la logique économique, évidemment. Un club peut vendre pour financer, pour équilibrer, pour anticiper. Mais l’ASSE n’est plus censée être dans l’urgence permanente, celle où l’on vend au premier chèque pour boucher une fuite. C’est précisément ce que le changement d’actionnaire est censé corriger. Donc, si un départ devait arriver, il faudrait qu’il soit cohérent: offre hors marché, joueur qui pousse, remplacement déjà identifié, et surtout un timing qui ne sabote pas la saison suivante.

En l’état, le plus raisonnable est de classer cette histoire dans la catégorie “bruit probable, réalité incertaine”. Probable, parce qu’un joueur qui performe attire forcément des projections et des articles. Incertain, parce qu’il manque l’essentiel: des faits. Et parce que l’ASSE, aujourd’hui, a plus à gagner à verrouiller ses fondations qu’à vendre ses briques les plus solides avant même d’avoir fini le mur.

Le vrai enjeu, finalement, n’est pas de s’énerver sur une rumeur. C’est de surveiller les signaux concrets: discours du club, prolongations, clauses, et surtout la manière dont l’ASSE prépare son été. Si la montée se confirme, la question ne sera pas “combien on peut vendre”. Elle sera “qui on garde pour ne pas redescendre”. Et ça, c’est un autre sport.