Le cœur du jeu a retrouvé un battement
Il y a des soirs où l’ASSE gagne, et d’autres où elle comprend comment gagner. Face à Laval (2-1, le 21 février 2026), le tableau d’affichage a validé la passe de trois, mais le vrai signal est ailleurs: au milieu, Augustine Boakye a joué comme un métronome qui aurait décidé, par pure malice, d’accélérer quand tout le monde s’endort. Un but splendide, oui. Mais surtout une influence qui dépasse largement la frappe qui finit au fond.
Le choix de Philippe Montanier de le repositionner plus bas n’a rien d’un caprice. C’est une réponse à un problème très Ligue 2: quand le match se met à grincer, quand l’adversaire pousse, il faut un joueur capable de remettre l’équipe dans l’axe, de calmer une séquence, puis de relancer une autre. Boakye a cette qualité rare: il ne joue pas seulement dans le match, il joue sur le match. Il oriente, il renverse, il donne une logique aux courses autour de lui. Et quand l’ASSE domine, il devient le trait d’union naturel entre récupération et projection.
Ce repositionnement raconte aussi une idée plus large: Montanier n’est pas marié à un schéma figé. L’ASSE peut afficher un 4-1-4-1, se transformer en 4-2-3-1 par séquences, ou ressembler à un 4-3-3 avec ballon. Ce n’est pas une révolution de tableau noir, c’est une adaptation de terrain: un triangle au milieu qui tourne selon l’adversaire, selon l’état physique, selon le moment du match. Et dans ce triangle, Boakye est celui qui sait où se trouve le nord.
Le revers, évidemment, c’est l’éternel piège: quand l’ASSE mène, elle a tendance à reculer, à perdre du rythme, à laisser l’adversaire revenir dans la partie. Contre Laval, l’équipe a encore eu ce passage où le contrôle devient gestion, puis prudence, puis presque renoncement à jouer. Là aussi, le rôle de Boakye est central: s’il est le joueur qui donne la direction, il doit aussi être celui qui refuse la marche arrière automatique. Ce n’est pas qu’une question de talent, c’est une question d’autorité dans le jeu.
La bonne nouvelle, c’est que ce poste-là lui va comme un gant. Et que l’ASSE, dans un sprint où tout le monde se marche sur les crampons, a peut-être trouvé un levier simple: remettre son joueur le plus “connecteur” au centre de la prise de décision. En Ligue 2, ça ne garantit rien. Mais ça évite au moins de se raconter des histoires.