À Saint-Étienne, l’ambiance n’est pas un décor. C’est une partie du plan de jeu. Un joueur adverse peut résister à un pressing, à une pelouse grasse, à un duel aérien… mais résister à un Chaudron qui s’allume, c’est une autre histoire. Le problème, c’est que cette arme a un mode d’emploi strict, et que la marge d’erreur est minuscule. À l’approche du sprint final, l’ASSE ne peut pas se permettre de perdre des tribunes, même partiellement. Pas maintenant. Pas quand chaque point pèse une demi-saison.

Le sujet est double, et il est explosif parce qu’il touche à l’identité du club. D’un côté, les fumigènes: spectacle, images fortes, culture de tribune. De l’autre, la réalité disciplinaire: une commission qui ne juge pas l’esthétique, mais des faits. Le risque, aujourd’hui, est probable sans être certain, parce que tout dépendra de ce qui sera retenu officiellement et de l’historique du dossier. Mais une chose est sûre: une sanction qui tombe au printemps, c’est une sanction qui coûte plus cher qu’en novembre. Le timing, dans le football, est parfois plus cruel que la décision elle-même.

Et puis il y a l’autre débat, plus terre-à-terre, mais tout aussi inflammable: les drapeaux. À Geoffroy-Guichard, ils font partie du paysage. Sauf que le paysage, quand il cache le match, finit par créer une fracture. Le stade est un lieu de ferveur, pas une salle de cinéma, d’accord. Mais le football reste un spectacle qu’on vient voir. Quand une partie du public passe des minutes entières à deviner l’action au son, le club se retrouve avec un problème d’expérience spectateur. Ce n’est pas nouveau, et ce n’est pas propre à Saint-Étienne. Mais quand l’enjeu sportif monte, la tolérance baisse. C’est mécanique.

Protéger l’arme sans la désamorcer: l’équilibre impossible

Le défi, pour l’ASSE, c’est de protéger Geoffroy-Guichard sans le transformer en stade sous cloche. Parce qu’un Chaudron aseptisé, c’est un avantage qui s’évapore. Mais un Chaudron sanctionné, c’est pire: c’est un avantage qui se retourne contre toi. La nuance est là. Et elle est difficile à tenir, parce qu’elle demande de la coordination, de la responsabilité, et une lucidité froide au milieu de l’émotion.

Ce qui rend le sujet encore plus sensible, c’est la comparaison avec d’autres stades et d’autres sanctions. Le sentiment d’injustice est un carburant puissant, mais il ne change pas le règlement. L’ASSE n’a pas la main sur l’interprétation nationale. Elle a la main sur ce qu’elle peut éviter de donner comme munitions. Et dans une fin de saison où le club joue une montée, se tirer une balle dans le pied en tribunes serait une forme de performance artistique… dont personne n’a besoin.

La conclusion est simple, presque brutale: l’ASSE a besoin de son public, et son public a besoin d’être là. Tout le reste est secondaire. L’ambiance doit rester une force, pas un dossier disciplinaire qui s’invite dans le vestiaire.