Trois victoires d’affilée, une 2e place qui réapparaît dans le rétroviseur, et Geoffroy-Guichard qui recommence à respirer comme un grand. L’ASSE version Philippe Montanier a remis du sens dans ses soirées: moins de panique, plus de structure, et cette impression que le match ne se joue plus à pile ou face dès que l’adversaire traverse la ligne médiane. Contre Laval (2-1), les Verts ont encore validé l’essentiel: gagner, même sans être flamboyants, même en se faisant peur. Et en Ligue 2, c’est déjà une forme d’art.
Le premier changement saute aux yeux: l’équipe défend mieux parce qu’elle défend ensemble. Ce n’est pas une formule de conférence de presse, c’est une réalité de terrain. Les distances sont plus courtes, le bloc est plus cohérent, et l’ASSE concède moins de situations “gratuites”. L’arrivée de Julien Le Cardinal a aussi accéléré la mue: plus d’assurance dans la surface, plus de calme dans les duels, et une présence qui rassure tout le monde autour. C’est probable que l’effet soit amplifié par la dynamique actuelle, mais l’apport est visible, immédiat, et surtout compatible avec la pression d’une fin de saison.
Au milieu, Abdoulaye Kanté a donné à l’ASSE ce qu’elle cherchait depuis des mois: de la densité, de la récupération, et une capacité à remettre l’équipe dans le bon sens après perte. Là aussi, prudence: il est encore en montée en régime, et certaines fins de match montrent qu’il n’a pas encore 90 minutes pleines dans les jambes. Mais le profil change la vie. Et il change aussi la vie d’Augustine Boakye, repositionné plus bas, plus proche du cœur du jeu, capable d’orienter… et de frapper. Son but contre Laval n’est pas un accident: c’est le genre de geste qui rappelle qu’un joueur peut être utile au collectif sans renoncer à être décisif.
Le vrai chantier: tenir 90 minutes et arrêter de vouloir entrer dans le but avec le ballon
Tout n’est pas réglé, loin de là. L’ASSE reste une équipe qui peut faire une mi-temps très propre, puis se mettre à reculer, perdre la maîtrise, et transformer une soirée tranquille en séance de cardio imposée. Contre Laval, la baisse de régime après la pause a encore existé. Est-ce physique? Probable. Est-ce mental, avec ce vieux réflexe de protéger au lieu de continuer à jouer? Probable aussi. Dans tous les cas, une équipe qui vise la montée directe ne peut pas vivre sur un fil à chaque match, surtout quand le calendrier va empiler les déplacements piégeux et les adversaires qui n’ont rien à perdre.
Autre point qui colle aux crampons: l’efficacité. Pas seulement la finition pure, mais la prise de décision dans les 20 derniers mètres. L’ASSE a encore des séquences où elle cherche la passe de trop, le petit ballon dans la boîte aux lettres, la combinaison “pour être sûr”… sauf qu’au tableau d’affichage, on ne compte pas les intentions. C’est un héritage de style, une habitude de jeu, et ça ne se corrige pas en claquant des doigts. Mais c’est précisément le genre de détail qui sépare une équipe qui monte d’une équipe qui “aurait dû”.
Enfin, il y a la gestion des hommes. Montanier a relancé une dynamique, mais le printemps va ramener une autre équation: les retours de blessure, la concurrence, les statuts qui bougent. C’est une bonne nouvelle, évidemment. Mais c’est aussi un terrain glissant: quand l’ASSE aura trop de solutions, il faudra garder tout le monde concerné, sans casser l’équilibre retrouvé. Là-dessus, Montanier a un avantage: il a déjà installé une idée simple et lisible. Et en Ligue 2, la simplicité bien exécutée, c’est souvent ce qui fait le plus mal.