Fukuda, ou comment une rumeur peut courir plus vite qu’un ailier
Le mercato a ce talent particulier: il transforme un nom inconnu en sujet national en moins de temps qu’il n’en faut pour rater un contrôle orienté. Cette semaine, le nom qui flotte dans l’air stéphanois, c’est Sho Fukuda. Ailier japonais, Brøndby, 24 ans. Sur le papier, ça coche quelques cases: un joueur offensif de couloir, un profil qui peut apporter de la percussion, et un club qui, selon les saisons, sait sortir des joueurs intéressants. Mais avant de rêver d’un nouveau feuilleton exotique, il faut faire ce que l’ASSE a trop peu fait ces dernières années: vérifier la solidité du sol avant de courir.
Ce qu’on peut établir sans forcer, c’est l’identité du joueur. Shō Fukuda est bien un ailier gauche de Brøndby, né en 2001, sous contrat longue durée, avec une valeur estimée autour de 750 000 € sur Transfermarkt. Il apparaît aussi dans des feuilles de match du club danois, ce qui confirme qu’il est dans la rotation. Jusque-là, rien de polémique.
Ce qui est beaucoup plus fragile, c’est le lien direct avec l’ASSE. À l’instant où l’on écrit, il n’y a pas d’annonce officielle du club, ni de relais solide et identifié sur les canaux habituels de l’actualité stéphanoise. Donc le niveau de certitude est clair: incertain. On peut parler d’une rumeur, pas d’une piste confirmée, encore moins d’un accord. Et c’est important, parce que l’ASSE sort d’une période où les supporters ont parfois été nourris à la fumée… sans même les fumigènes.
Sportivement, si l’on se place dans l’hypothèse où l’ASSE s’intéresserait réellement à lui, la logique serait celle d’un pari. Fukuda n’est pas un « nom » qui fait trembler les défenses françaises à distance. Il n’arrive pas avec l’étiquette du crack à 15 millions. Il arrive, au mieux, avec l’étiquette du joueur à potentiel d’adaptation, celui qu’un recrutement malin peut transformer en bonne affaire. Le problème, c’est que le recrutement malin, ça ne se décrète pas. Ça se prouve.
Et puis il y a une autre question, plus terre-à-terre: l’ASSE recrute-t-elle pour la Ligue 1 ou pour la Ligue 2? Parce que tout change selon la division. Un ailier « de complément » peut être une bonne idée pour densifier un effectif de L2. En L1, il faut souvent un joueur capable de faire basculer un match, ou au moins de tenir le niveau athlétique et tactique sans se faire avaler. Fukuda, à ce stade, est un point d’interrogation. Pas un verdict.
La meilleure attitude, ici, c’est la sobriété. L’ASSE a besoin d’ailiers, oui. Elle a besoin de profondeur, oui. Mais elle a surtout besoin de fiabilité: dans les informations, dans les choix, et dans la cohérence du projet. Fukuda peut être une piste. Il peut aussi être un mirage. Pour l’instant, c’est surtout un excellent rappel: en février, le mercato est un sport de glisse. Et Sainté n’a pas forcément besoin d’une nouvelle chute artistique.