Le piège lavallois, ou l’art de gagner sans espaces
Il y a des soirées où Geoffroy-Guichard rugit parce que l’adversaire s’appelle « gros morceau ». Et puis il y a celles, plus sournoises, où le Chaudron doit apprendre à rugir dans le silence d’un match fermé. ASSE–Laval, samedi 21 février 2026 à 20h, appartient clairement à la deuxième catégorie. Sur le papier, l’ASSE arrive avec une dynamique qui a remis du baume sur les mollets et un peu de lumière dans les regards. Dans les faits, Laval a tout du visiteur qui vient pour faire durer l’histoire, gratter du temps, casser le rythme, et transformer une soirée de football en épreuve de patience.
Le décor est connu: moins d’espaces, moins de transitions, moins de courses « cadeau » pour les attaquants qui aiment sentir l’odeur du large. Dans ce type de match, l’ASSE n’a pas besoin d’un feu d’artifice. Elle a besoin d’un briquet qui marche du premier coup. Marquer tôt, évidemment, change tout. Mais l’idée la plus précieuse, c’est surtout de ne pas confondre vitesse et précipitation. Laval peut accepter un 0-0 longtemps. L’ASSE, elle, ne peut pas se permettre de s’énerver au bout de vingt minutes parce que le ballon tourne et que le verrou ne saute pas.
Ce match-là va donc raconter une chose simple: est-ce que Sainté sait désormais tenir le ballon pour de vrai, pas seulement pour respirer? Est-ce que l’équipe sait installer une possession utile, avec des courses coordonnées, des renversements, des appels qui tirent la défense, et pas une circulation qui finit en centre forcé parce qu’on n’a plus d’idées? Philippe Montanier a lui-même pointé ce besoin de jouer plus qu’une mi-temps pleine, de mieux garder la balle, de construire une domination qui ne soit pas seulement émotionnelle. C’est exactement le genre de rendez-vous où cette promesse doit se voir.
Au milieu, la question est moins « qui mérite » que « quel outil sert le match ». Si l’ASSE s’attend à un bloc bas, elle a besoin d’un joueur capable de donner du liant, de calmer, de faire jouer juste quand le stade réclame le sprint. Florian Tardieu, s’il est disponible, ressemble à ce profil de gestionnaire qui peut entrer dans un match comme on entre dans une pièce trop bruyante: en baissant le volume. Son utilisation reste probable mais pas certaine dans le onze, parce que Montanier a aussi besoin d’intensité et de répétition des efforts. L’équilibre est là: démarrer avec un profil plus créatif et injecter ensuite de la maîtrise, ou l’inverse. Dans tous les cas, l’ASSE ne doit pas perdre son match au milieu en se coupant en deux, ce vieux défaut qui transforme une attaque placée en contre-attaque subie.
Devant, Irvin Cardona est un baromètre intéressant. Quand il y a de l’espace, il peut faire mal, très vite. Quand il n’y en a pas, il doit devenir autre chose: un joueur de petits déplacements, de remises propres, de courses qui ouvrent des couloirs pour les autres. C’est souvent là que se joue la différence entre un attaquant « de match ouvert » et un attaquant « de montée ». Son état d’esprit, lui, paraît solide et plutôt aligné avec ce que Montanier cherche à installer. C’est probable, pas une certitude absolue, mais on sent un joueur qui a compris que la saison se gagne aussi dans les matchs où l’on ne brille pas.
Et puis il y a un détail qui n’en est pas un: les latéraux. À Saint-Étienne, c’est un poste qui a longtemps été une expérience sociale, parfois douloureuse, souvent bruyante. Si Montanier insiste sur eux, c’est qu’il sait que dans un match fermé, ce sont eux qui donnent la largeur, qui créent le décalage, qui obligent l’adversaire à choisir entre protéger l’axe ou sortir sur les côtés. Si l’ASSE veut éviter le scénario du ballon stérile, elle doit obtenir des montées propres, des centres préparés, et surtout une sécurité derrière pour ne pas offrir à Laval le seul cadeau qu’il attend: une transition sur un ballon perdu bêtement.
Au fond, ASSE–Laval n’est pas un match « plus facile » parce que l’adversaire est supposé un cran en dessous. C’est un match plus exigeant parce qu’il demande de la maturité. Gagner dans la douleur, l’ASSE l’a déjà fait. Gagner en maîtrisant, c’est une autre étape. Et c’est souvent celle qui sépare une bonne série d’une vraie dynamique.