Le bricolage qui ressemble de moins en moins à du bricolage
Il y a des idées qui naissent par génie. Et d’autres qui naissent parce que, très simplement, il manque du monde. Ben Old latéral gauche appartient plutôt à la deuxième catégorie. Sauf que, parfois, le football adore ces accidents-là: on cherche une rustine, on trouve une solution. Pas parfaite. Pas définitive. Mais suffisamment crédible pour changer la discussion.
Le contexte n’est pas nouveau: Old n’a pas été formé pour vivre 90 minutes à défendre des un-contre-un, à fermer le second poteau, à gérer les courses croisées et les centres au cordeau. Et pourtant, depuis plusieurs semaines, on voit une progression. Une vraie. Pas seulement une impression de “il court beaucoup donc ça va”. Une progression dans les repères, dans la gestion des duels, dans la capacité à ne pas se faire aspirer à chaque feinte de corps.
Ce qui aide, évidemment, c’est l’environnement. Un latéral, surtout en Ligue 2, n’est jamais un joueur isolé. Il est le thermomètre de l’organisation. Quand l’équipe est coupée en deux, le latéral devient un panneau publicitaire: tout le monde le vise. Quand l’équipe est compacte, il redevient un joueur de football. Et depuis l’arrivée de Montanier, l’ASSE a remis un peu de logique collective dans ses couloirs. Moins d’expositions absurdes, plus de couverture, plus de solidarité. Résultat: Old peut apprendre sans être condamné à l’erreur permanente.
Attention, tout n’est pas réglé. Sur certains matchs, il reste des séquences où l’on sent l’apprentissage: une main qui traîne, un duel aérien mal négocié, un centre concédé trop facilement, une action qui va trop vite dans son dos. Ce n’est pas un procès, c’est un constat. Défendre, ça ne s’improvise pas. Et l’ASSE n’a pas vocation à transformer chaque rencontre en laboratoire, surtout quand la montée est l’objectif.
Mais il y a aussi l’autre face, celle qui rend la reconversion intéressante: le volume de course, la capacité à répéter les efforts, l’aisance technique pour ressortir proprement, et cette sensation qu’il peut apporter une vraie continuité entre la relance et l’attaque. Dans une Ligue 2 où beaucoup d’équipes vivent sur le duel et le ballon long, avoir un latéral capable de jouer juste, c’est un luxe discret. Pas un luxe de vitrine. Un luxe de points.
La vraie question, maintenant, n’est pas de savoir si Old a “réussi” ou “raté” sa reconversion. La vraie question, c’est la suite. Parce que les matchs qui arrivent ne se ressemblent pas tous. Il y a les rencontres ouvertes, où l’espace permet de respirer. Et il y a les matchs fermés, ceux où l’adversaire vient pour te faire tourner en rond, te pousser à centrer dans le vide, et te punir sur une transition. C’est là que le poste de latéral devient un métier à plein temps.
Si Old continue sur cette pente, l’ASSE tient peut-être une solution interne qui change la hiérarchie. Si la courbe se casse, il faudra revenir à des choix plus classiques, plus sécurisés, plus “formation”. Aujourd’hui, on est entre les deux: une option qui grandit, un joueur qui apprend, et un collectif qui, enfin, lui donne une chance d’exister sans se faire avaler. En Ligue 2, c’est déjà beaucoup.