Un kiné ne marque pas, mais il peut faire gagner

Il y a des arrivées qui font du bruit. Et puis il y a celles qui ne font rien du tout… jusqu’au jour où elles deviennent décisives. Ruben Pacheco, nouveau kinésithérapeute de l’ASSE, a commencé ses fonctions cette semaine et a déjà pris place sur le banc lors de Guingamp–Saint-Étienne. Ce n’est pas une signature qui déclenche une ola, mais c’est typiquement le genre de renfort qui peut changer la texture d’une fin de saison.

Parce que la Ligue 2, ce n’est pas seulement une histoire de talent. C’est une histoire de répétition. De corps qui encaissent. De joueurs qui enchaînent sur des terrains lourds, des semaines à deux matchs, des voyages, des chocs, des retours trop rapides, des rechutes bêtes. Et à ce jeu-là, l’ASSE a déjà appris une leçon: une dynamique sportive peut se casser sur une série de pépins physiques, parfois plus sûrement que sur une mauvaise mi-temps.

L’arrivée d’un kinésithérapeute n’est pas un gadget. C’est un signal. Celui d’un club qui comprend que la performance moderne se joue aussi dans les détails: prévention, récupération, individualisation, gestion de la charge, coordination avec la préparation physique. Le football a beau aimer les récits simples, la réalité est plus cruelle: une équipe qui finit la saison avec ses cadres disponibles a souvent une longueur d’avance sur celle qui finit avec des “si” et des “on verra”.

Dans le cas stéphanois, le sujet est d’autant plus sensible que l’effectif a dû composer avec des absences, des retours progressifs, et des joueurs utilisés à des postes qui demandent beaucoup d’efforts répétés. Quand un latéral est aussi un ailier, quand un milieu doit couvrir large, quand un attaquant presse plus qu’il ne conclut, la fatigue s’accumule. Et la fatigue, elle ne prévient pas: elle arrive un soir, sur un appui, sur une accélération, sur une course “de trop”.

Ce renfort médical peut donc peser à deux niveaux. D’abord, sur la disponibilité immédiate: mieux gérer les petits bobos, éviter qu’ils deviennent des absences longues, sécuriser les retours. Ensuite, sur la performance: un joueur à 95% n’est pas un joueur à 100%, et en fin de saison, ces 5% font la différence entre une action gagnée et une action subie.

Évidemment, il serait exagéré de promettre des miracles. Un staff médical, même excellent, ne supprime pas le risque. Il le réduit, il l’anticipe, il l’encadre. Et c’est déjà énorme. Probable que l’ASSE cherche aussi, à travers ce type d’ajustement, à professionnaliser encore davantage son environnement, dans la logique d’un club qui vise plus haut. Incertain, en revanche, de mesurer l’impact à court terme: ce genre de travail se voit rarement en une semaine, mais souvent sur trois mois, quand les autres commencent à tirer la langue.

Dans une course à la montée, on parle beaucoup de tactique, de mental, de séries. On oublie parfois le plus simple: pour gagner, il faut des joueurs debout. Et à Saint-Étienne, ce détail-là n’en est plus un.