Le milieu défensif, ce poste fantôme qui crie famine

Il y a des manques qui se voient à l’œil nu. À l’ASSE, le poste de numéro 6 en fait partie. Pas un “milieu qui dépanne”, pas un relayeur qu’on recule par nécessité, mais un vrai gardien du temple. Celui qui coupe les transitions, qui protège l’axe, qui gagne des duels sans demander l’autorisation, et qui permet aux autres de respirer. Aujourd’hui, Sainté a souvent joué sans ce filet de sécurité. Résultat: des matchs où l’équipe se retrouve étirée, des seconds ballons qui reviennent comme des boomerangs, et une impression persistante de fragilité dès que l’adversaire accélère.

Dans ce contexte, la piste Andersen coche des cases qui font immédiatement lever un sourcil. Un gabarit annoncé autour d’1m90 pour 85 kg, une présence aérienne, une capacité à venir “prêter main forte” à la défense, et même une polyvalence évoquée entre milieu et défense centrale. Sur le papier, c’est exactement le type de profil qui manque quand on veut tenir une saison de Ligue 2 avec l’ambition de remonter, et surtout éviter de se faire manger dans les zones de vérité.

Mais il faut garder la tête froide. Ce qui circule ressemble davantage à une piste probable qu’à un dossier déjà ficelé. Le nom existe, le profil séduit, mais l’écart entre “ciblé” et “signé” est souvent un canyon en janvier. Et quand on parle d’un joueur évoluant dans un club habitué à jouer les premiers rôles, voire l’Europe, la question n’est pas seulement sportive. Elle est aussi financière, contractuelle, et très concrètement: pourquoi viendrait-il maintenant, et à quelles conditions?

Sur le terrain, Andersen intrigue parce qu’il semble être un récupérateur agressif, dur sur l’homme, capable de coller au porteur et de gratter. C’est précieux dans une équipe qui a parfois manqué d’intensité dans l’axe. Son éventuel déficit de vélocité, s’il se confirme, ne serait pas forcément rédhibitoire pour un 6 placé, à condition que la lecture du jeu et le sens de l’anticipation compensent. Le danger, c’est de confondre puissance et lenteur avec “sécurité”. Un 6 qui se fait éliminer sur les premiers appuis, c’est un 6 qui expose sa défense. Et les highlights, aussi jolis soient-ils, ne racontent jamais les courses de replacement quand l’équipe souffre.

Si l’ASSE veut vraiment franchir un cap, ce type de recrutement aurait du sens: un 6 pour stabiliser, libérer un relayeur plus haut, et donner une colonne vertébrale plus cohérente. Mais à ce stade, la faisabilité reste incertaine. Le dossier ressemble à une idée séduisante, peut-être travaillée, peut-être simplement rendue visible par le bruit du mercato. La seule certitude, elle, ne bouge pas: Sainté a identifié un manque. Et rien que ça, en janvier, c’est déjà un progrès.